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NEUVIÈME VERTU PRINCIPALE

CHEMINER

71ème  affluent : Bien gérer l'avoir

Le mot iqtisad par lequel on traduit de nos jours « Economie » se trouve connoté dans le hadith avec l'idée de cheminement. L'avoir en Islam, confié provisoirement à la gérance des individus, a une fonction sociale : celle de fournir un bon équipement aux voyageurs de l'éternité, de favoriser leur avance morale et spirituelle en les mettant à l'abri du besoin.

Parler des entraves psychologiques au développement économique est aussi important que d'analyser ses conditions objectives. Les révolutions du développement qui concentrent tous les efforts à changer les structures sans jamais parvenir à la mobilisation du peuple faute de cette mutation éthique, de ce souffle nouveau qui change l'attitude des hommes, croupissent à un stade ou à un autre dans la médiocrité bureaucratique et voient réapparaître la même corruption et la même irresponsabilité.

La révolution islamique doit satisfaire en tout premier lieu au critère d'efficacité. L'Economie héritée est pleine de contradictions et son redressement est la tâche concrète la plus évidente et la plus immédiate.

Nos Economies sous-développées n'évitent les défauts du système capitaliste ajusté au profit des clients du pouvoir que pour tomber, après chaque coup d'Etat, baptisé « révolution » ou « redressement », entre les mains des bureaucrates planificateurs dont l'empirisme tâtonnant se solde inévitablement par un échec retentissant.

Le développement économique en pays anciennement colonisés et pillés se heurte aux obstacles objectifs de la rareté des ressources naturelles et financières aussi bien qu'à celles humaines et psychologiques afférentes à l'absence de cadres qualifiés et à la mentalité non productive des masses.

La marche du « socialisme » qui vient remplacer le désordre séculaire ou un autre « socialisme » qui a échoué s'achoppe aux difficultés du statique qui ne veut pas bouger, de la bonne répartition qui ne se fait pas parce que la nouvelle structure du pouvoir politico-économique reproduit les mêmes rapports d'exploitation, de la pénurie parce que les investissements nouveaux sont mal calculés et la production mal organisée. Après avoir animé les espoirs et porté haut les enchères de la promesse, les régimes qui se succèdent chez nous sombrent dans les mêmes fondrières et sont acculés à hisser d'un cran la dictature. Les appareils de répression et de propagande suppléent aux carences des appareils de production et de répartition.

A la base d'une formule islamique du développement, il faut d'abord un pouvoir légitime élu et responsable. Ensuite la participation de toutes les anciennes classes en voie de refonte.

Sans ces deux conditions qui s'épellent : Etat fort de sa légitimité + Appel écouté, il n'y a en perspective que le cercle vicieux du coup-d'étatisme. L'échec bourgeois enfantera les régimes durs qui, à leur tour, après un échec Plus retentissant, céderont la place aux régimes mous et pro-Occident. La même police cependant et le même manque de vision. Les idéologies successives font tache sur I'horizon plein d'espoir des peuples islamiques pour se dissiper tôt ou tard tels des mirages trompeurs.

Pas de redressement économique sans un gouvernement légitime, pas d'éveil du peuple ni par conséquent de mobilisation sans des sentiments et des idées conformes à l'idéal que le peuple islamique porte en son coeur. Dépasser le capitalisme sans tomber dans un capitalisme d'Etat inefficace et sanguinaire peut alors résulter d'ajustements successifs maîtrisés. Le problème de l'accumulation intérieure pourra être résolu à la fois par l'intéressement des épargnants les plus modestes au lieu de laisser jouer les mécanismes capitalistes qui accaparent l'Economie au profit des seuls nantis et par la nationalisation.

En Economie islamique, il n'y a pas place pour que les égoïsmes jouent, il faut mettre en échec l'esprit de lucre et les ruses de l'instinct acquisitif. Le gonflement démographique joint à l'analphabétisme qui gagne du terrain en chiffres absolus et à la pénurie des ressources dictent la solution ferme d'Omar Ibn AI Khattab qui à la veille de sa mort, annonce sa décision d'entreprendre un nouveau partage des richesses.

Pour que les choses obéissent à l'injonction du changement donnée par le pouvoir d'Etat, il faut que la voix de l'Appel soit entendue par les hommes. Les divergences d'intérêt, les problèmes d'organisation et de formation, le rôle du travailleur et la satisfaction de ses revendications, la part du capital et de l'entrepreneur sont des variables à ordonner et à harmoniser au sein d'une conception générale de la personne et de la société islamiques.

Les intérêts vitaux que les moyens économiques et matériels sont appelés à servir en société islamique s'échelonnent sur trois étages :

1° Le nécessaire (darouriy), c'est-à-dire le minimum compatible avec la préservation des cinq entités qui constituent l'objet des soins de l'Etat et de l'Appel. A savoir : la religion, la vie, la raison, la famille et l'avoir.

2° Le besoin (hàjiy), c'est-à-dire la marge qui se situe entre le nécessaire absolu et le superflu. Au niveau du nécessaire, c'est l'austérité ; au niveau de la satisfaction du besoin (haja), c'est une honnête décence.

3° Le confortable (takmîly) représente les facilités de la vie qui libère l'homme des corvées inutilement pénibles et introduisent dans la quotidienneté un minimum d'agrément.

Le confort du superflu, qui est l'objet des convoitises de tous dans les sociétés économiquement avancées et de la minorité parasite et accapareuse chez nous, est le danger à éviter. Ce confort consommationniste a nom isrâf dans la terminologie coranique. C'est littéralement le dépassement de la mesure.

La redistribution islamique, le rééquilibrage et la restructuration de nos Economies bâties sur le principe du profit ou planifiées pour servir les intérêts d'une minorité doit prendre en compte l'impératif égalitaire. Assurer d'abord le nécessaire pour tous et viser à atteindre un jour à la décence confortable. Le décalage scandaleux entre la base pauvre, ignorante et malade et les couches au pouvoir politico-économique est à niveler sans toutefois casser la machine. Ici encore, la fermeté ne doit pas déborder en violence. Devant l'urgence de la justice sociale longtemps attendue, il faut parer au nécessaire à tout prix, puis faire fondre les graisses maladives par une progression de la taxation, par les nationalisations stratégiques et par la mise sous tutelle des capitaux des entreprises non productives.

Le circuit financier, banques et système de crédit, doit être repensé et réagencé conformément à la prescription fondamentale qui interdit le ribâ, le prêt à intérêt. Une nouvelle entreprise doit être inventée dans laquelle l'initiative de l'entrepreneur sera peut-être moins récompensée matériellement mais dans le financement de laquelle le capital partage le risque et récolte sa juste part.

A un stade ultérieur, et il faut mettre le temps de notre côté, le crédit et la banque doivent être nationalisés. Le dépassement du capitalisme demande un empirisme lucide ; que les expériences des socialismes foisonnants et l'assagissement de la vieille machine capitaliste en crise soient présents sur nos tables de débat afin que notre empirisme fasse l'économie des erreurs des autres.

C'est en termes de crise économique, cette crise qui menace le monde, qu'il faut penser nos relations avec nos classes à vérifier, celles avec les sociétés transnationales qui font la loi dans la jungle économique, celles avec les nations opprimées qui combattent pour un ordre économique mondial plus équitable. Ce combat est nôtre : la solidarité inconditionnelle avec les « damnés de la terre » doit être notre politique.

Néanmoins nous espérons que l'état de crise, le déséquilibre de la surproduction sectorielle internationale, la guerre des protectionnismes dicteront aux pays islamiques divisés la nécessité de pousser vers une solidarité islamique plus avancée. L'intégration économique et une division judicieuse et rationnelle du travail pourront faire des pays musulmans un marché capable de parler d'égal à égal avec les groupements solides qui font la pluie et le beau temps dans l'Economie mondiale.

Notre présence économique au monde est réelle et considérable, même dans l'état de division en Etats-nations à idéologies adverses que nous subissons, malgré la mauvaise gestion de l'avoir commun de la umma dilapidé en dépenses inconsidérées. La conscience de notre unité fondamentale que l'Appel éveille partout en Iran et au Pakistan. en Turquie comme dans les pays arabes, rencontrera la nécessité de survie économique pour former l'énergie totale qui nous mettra en orbite économique autonome. Les nations industrialisées et riches de leurs accumulations du pillage possèdent le savoir technique qui leur assure une position économique d'hégémonie. Longtemps, et aujourd'hui plus que jamais, les nations riches ont joué sur nos besoins de luxe, sur nos besoins en armements et en capitaux et surtout sur nos besoins alimentaires pour nous dicter leurs conditions et nous vendre leur savoir-faire au compte-gouttes et au prix fort, y compris surtout le prix de la déformation culturelle de notre personnalité. Il est temps dans cette période de crise et de pénurie de l'Energie que nous joignions nos forces avec nos frères musulmans et nos frères opprimés pour obliger nos partenaires tricheurs à payer à un juste prix nos ressources naturelles et à partager avec nous le savoir technique.

Le transfert de technologie se fait mal, cela se réduit seulement à un transfert de machines coûteuses dont l'entretien et le remplacement renforcent notre dépendance. L'Occident regrette déjà d'avoir équipé les pays sous-développés d'usines dont les produits font concurrence aux siens et menacent l'emploi de ses travailleurs. L'Occident se réserve les techniques avancées et tient jalousement secrètes les techniques permettant de fabriquer les produits à grande valeur ajoutée. Il faut maîtriser l'illusion que la technologie est transférable, à moins de l'effort d'invention et d'adaptation. Individuellement, les Etats islamiques seraient moins capables de cette adaptation-invention en cette époque où tout dépend de la recherche scientifique pour laquelle nous sommes encore très mal équipés. Le brain drain, cette hémorragie des cerveaux, est le phénomène parallèle de l'hémorragie de notre avoir en dépenses folles. Le capital humain est très mal géré chez nous à cause de la mauvaise gestion générale. Cela nous ramène au niveau politique. L'incohérence des projets et des choix des pouvoirs de la nécessité préoccupés soit par leur plaisir, soit par la pérennité de leur dictature met le chaos dans l'Economie. C'est la faillite si les ressources sont limitées, c'est l'engorgement des chantiers de prestige que sert une main d'oeuvre importée quand on a des pétro-dollars.

Hémorragie et mauvaise gestion, voilà le résultat économique de l'illégitimité, de l'instabilité et de l'injustice sociale subséquentes.

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